Une lettre timbrée
Au temps d'avant, quand les hommes étaient des hommes dotés de mains et s'en servaient, la communication passait par l'intermédiaire de lettres qu'on s'échangeait par l'intermédiaire d'un organisme, grand pouvoyeur d'emplois, appelé Poste. Une lettre était une feuille de papier sur laquelle le correspondant couchait soigneusement sa pensée, de sa plus belle écriture ornée de pleins et de déliés, le soir après sa rude journée dans le silence de la maisonnée juste troublé par le glissement de la plume d'acier et le craquement du feu dans le poêle. On glissait ensuite la feuille dans une enveloppe qu'on ornait dans le coin droit supérieur d'un timbre nécessaire à payer la valeur du transport. En ce temps-là, la Poste était fiable et ses agents assermentés. Souvent, en Gaule, le timbre représentait un coq triomphant à l'aube, symbole d'un vieux pays pour qui chaque matin annonçait l'espoir de lendemains meilleurs. Il avait les deux pieds dans le fumier qui nourrissait les champs dont les « Labourage et pâturage (sont) étaient les deux mamelles de la France » (Maximilien de Béthune, Duc De Sully)
Aujourd'hui, les lettres ont quasi disparu, ou quand elles circulent encore, elles s'égarent bien souvent en chemin. Il reste quelques gallinacés déplumés qui s'égosillent et ergotent à l'infini. Du fumier il ne reste que la merde, dans une France timbrée dans une Europe déboussolée. Les basse-cours se sont diluées dans le vitriol de l'acculturation ; les œufs sont fabriqués en usine ; les grenouilles ont remplacé la volaille. Elles sont cuites, figées par le perfide venin des créatures de leurs cauchemars. Sur le tapis, le basilic a chaussé ses écrase-merdes éculés avec lesquels il piétine sans ménagement votre confort illusoire, excitant votre haine contre les boucs à misères au lieu que de vous tendre le miroir dont vous auriez besoin pour mieux vous regarder en face afin d'oter cette poutre qui vous aveugle. A propos... Le quart de moins de la moitié vous croyez vraiment que c'est une majorité ? Ca peut... dans la mesure ou les bateleurs ont atomisé les contrepoids, puvérisés en une myriade de débris. Ceux de la civilisation qu'ils ont conchiée. A mettre le feu on ne récolte que des cendres dont plus personne ne sait qu'avec le fumier elles constituent la base d'un terreau où on fait maturer l'oeuf philosophal d'où jaillira la jeune pousse du chêne qui, dans sa maturité, abritera le Hiérophante serviteur de l'ultime Cène.


