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21 mai 2014

Une pie pour une vie

pie_maiUne pie tant pis. Tant pis, tant pis, tant pis gris. Gris comme le gris de mes yeux désertés du bleu de ciel radieux des jours heureux. Gris comme le ciel de ma vie. Une pie tant pis ; le pis de la vache enragée, cette amie fidèle qui ne m''a jamais trahie. Elle m'a mordu j'étais tout petit, au temps où dans la langue des oiseaux je me disputais avec les pies. Une pie tant pis, deux pies serait tant mieux, mais il n'y a pas de tant mieux pour les gueux. Kyrie, eleison ; Miserere nostri...
Pis un, pis deux, pis trois... Trois noisettes dans le bois ; Tout au bout d'une brindille ; Dansaient la capucine vivement au vent... Au vent mauvais Qui m'emporte ; Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte...A l'automne d'une vie sous le règne de Saturne en exil. Trois noisettes dans le bois. Celui dont on fait les cercueils. Ceux des illusions perdues et des déceptions amères comme l'écorce du fruit d’Avalon qui te plonge dans une éternelle stupeur. Barques ultimes en route vers l'improbable à la dérive sur le torrent du doute où s'est noyé Lancelot après avoir perdu la coupe qu'il a bu jusqu'à la lie... Jusqu'à l'hallali du marcassin forlongé forlancé par l'aréopage bien pensant des saigneurs. Le chant du cygne du baladin n'est pas un Requiem, ce n'est que le chant des adieux du poète... "Poète", l'insulte suprême, le péché ultime, le crime de lèse bourse(s), à l'ère du pragmatisme dévoyé... "Poète", le feignant parasite suprème...Entre chiens et loups le barde ; celui qu'on enchaîne à chaque réjouissance, comme une malheureuse mouche du coche ; entonne le chant du cygne...
« 
Les cygnes qui, lorsqu'ils sentent qu'il leur faut mourir, au lieu de chanter comme auparavant, chantent à ce moment davantage et avec plus de force, dans leur joie de s'en aller auprès du Dieu dont justement ils sont les serviteurs. » (Socrate). Au crépuscule quand retentis le cor le soir au fond des bois, tandis que le soleil s’abîme sur l’horizon, on sait que la chasse est finie, les prédateurs ont encore gagné et on attendra le matin pour traquer le prochain. La pie s'est envolée et le baladin sera oublié, comme tous ceux qui séjournent au boulevard des allongés.

 

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