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Voltaire, père spirituel de l’athéisme bien plus que Descartes, et maître à penser du gauchisme d'aujourd'hui (entre autres) ; croyait dur comme fer en une manne de bonheur universel que devait répandre les physiciens, les chimistes et les économistes, lorsque, ayant enfin affranchi les peuples des « superstitions », leurs découvertes ouvrant aux marchands et aux financiers des horizons illimités, aucun règlement despotique ne viendrait plus entraver le génie civilisateur. On a vu où ça nous a mené ces considérations sur la nature asservie et inépuisable ; mon « Canal Décharge » en donne un petit aperçu au fil des publications. Quand au « génie civilisateur », certains y croient encore ! « Valeurs Actuelles » publie ces temps ci un numéro consacré aux colonies et prétendument à leur véritable histoire. Je n'ai pas les moyens de me l'offrir ; j'aimerai bien le lire au fond, rien que pour être sûr de ne pas me tromper quant à la teneur. Nul doute qu'ils doivent abonder dans l'apologie de cet élan « civilisateur » dont de vieilles photographies nous révèlent la teneur.
Non pas que je veuille faire acte de repentance de crimes que je n'ai pas commis ; je ne suis pas plus responsable ou coupable des crimes du passé que méritant des combats patriotes qu'a pu mener mon grand père du côté de Verdun et adjacents ; je constate, c'est tout, et je le regarde en face.
Nous n'avons pas mieux traité les hommes et les civilisations que la nature et réciproquement ; les « valeurs chrétiennes » que l'on prétends à la base de nos racines sont traître au Christ. Après la traite de l'ancien régime, notre troisième République, bouffe curés jusqu'à l'indigestion, fut la grande colonisatrice jusqu'à son agonie en 1940. Née d'une guerre (1871) ; morte d'une autre (1940), où Paul Reynaud et son gouvernement, le 19 mai 1940, se rendirent à Notre-Dame pour obtenir, au cours d'une grand messe, le salut de la nation. Quant à Napoléon, il avait trop à faire pour avoir une conduite très claire en la matière ; Gribouille qui rétablit l'esclavage mais bazarde la Louisiane dont c'était le principal moteur économique.

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Je ne vois pas trop ce qu'il y avait de « chrétien » dans ces comportements, au sens « fidèle au Christ ». Jésus c'était un homme de compassion ; pas un mollasson, mais un résistant aux injustices, toutes les injustices, et son opposition aux dogmatismes (marchands du Temple, travail le jour du sabbat/exemple) se prolongeait dans la défense des exclus (son attitude en actes ou paraboles relativement aux Samaritains ; son opposition à la lapidation...). Attitude prolongée par les disciples... La pentecôte qui sera célébrée bientôt témoigne de l'ouverture portée à l'universalité puisque le texte mentionne présentes à peu près toutes les ethnies du pourtour Méditerranéen ; monde connu de l'époque ; comme conviées à entendre le prêche. « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ » Dit l’Épître aux Galates ; ce qui va dans le même sens. 

Quelle place pour l'esclavage et la colonisation là dedans ?
Cette exploitation de l'homme par l'homme ; qu'on retrouve aussi dans le rapport du patronat au prolétariat ; n'est que le prolongement de l'attitude générale envers la biosphère. J'avais écrit, il y a pas mal de temps, une « lettre ouverte au chrétien lambda » où je mettais en cause le comportement moyen du chrétien par rapport à sa citoyenneté écologique. Ce n'est que le fruit du terreau dans lequel s'enracine nos prétendues « racines chrétiennes ».
« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la Création. » dit l'évangile d'aujourd'hui ; justement ! « Création » et pas seulement l'homme ! J'y vois qu'il invitait à être jardiniers, médecins de la Terre, et non pas infâmes exploiteurs et assassins. Et, malheureusement, on n'a pas attendu la torche prométhéenne de Voltaire pour se comporter en ravageurs ! Les tenants d'un passé idéalisé ne réalisent pas que la seule chose qui différenciait autrefois d'aujourd'hui, ce sont les capacités techniques. En temps de guerre on allait même plus loin ; massacrant les récoltes pour affamer les populations, brûlant des forêts, pillant...
Ce n'est pas dans le puits d'un passé rêvé qu'il faut chercher la clef... S'il y en a encore une possible... Quand on voit qui prétends porter des valeurs écologiques...
Il ne sert de rien de faire l'apologie du passé pour s'autojustifier, non plus que mariner dans une culpabilité de repentir permanent ; il faudrait construire maintenant autre chose qu'une tour de Babel, mais le sable commence à manquer... Alors même que construire sur du sable, c'est aussi solide qu'un château de cartes... (en Espagne ?)

 

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