Noel déjà (2)

Un œil vers le ciel et je vois cette boule de Noël qui me nargue, indifférente mais bien présente. Les illuminations, dans cette ville, ne fleuriront qu'au 15 décembre, pas avant, comme d'habitude ; peut-être même plus tard... Et dès le 26 on évacuera tout ça, plus de traces festives dans la ville, si ce n'est quelques sapins desséchés abandonnés sur les trottoirs qu'on retrouve jusqu'en juillet, voire septembre comme cette année... Et quelques décos aussi, dépôts sauvages ; guirlandes, sapins artificiels etc... Toute notre déco ; on utilise une partie seulement à chaque fois ; elle vient de là, de vos décharges urbaines, à l'exception d'un petit sapin qu'on nous a donné. Je me suis ramassé une crèche en octobre, une de plus ! J’en ai donné, mais souvent j'oublie, et puis je n'ai plus guère la force de me traîner chargé comme une bourrique jusqu'aux œuvres. Ils ne se déplacent plus, même pour du gros ! Alors le petit, pensez vous !
Dix novembre et déjà Noël nous fait de l’œil ! On sort à peine de la Toussaint, remastérisée en fête de l'horreur, comme si la mort c'était marrant. Même quand on est croyant. Enfin, moi, ce n'est pas de mourir qui m'inquiète, c'est de souffrir. Je me délite à petit feu et j'angoisse d'avoir à souffrir encore davantage bientôt. Pour un gars qui a connu plusieurs comas et toujours espéré finir ainsi ; qu'une fois je n'en reviendrais pas, c'est si agréable ; se voir décrépir lentement, et morfler comme un damné, c'est désespérant. Ce que j'ai, des potes en sont morts bien plus vite que moi, et papa aussi. En réalité, mon père n'avait qu'une partie de mes pathologies. C'est pour ça aussi que j'ai peur d'atterrir chez les toubibs ; je sais trop comment ça se passe, et je cumule plusieurs des maux qui ont emportés mes êtres chers. Alors j'endure ; d'autant plus que l'on ne peut plus, par la grâce de la dictature des labos renforcée par le gouvernement actuel, on ne peut plus obtenir d'antalgiques efficaces ; à dire vrai je n'aurais pas les moyens... J'endure, mais j'ai l'habitude d'endurer. Pensez qu'à 8 ans je faisais la route de la maison à l'école, mes cinq bornes, quatre fois par jour en vélo, faute de cantine, par tous les temps. Qu'à 16 j'ai sauvé la peau de toute ma famille et administré la ferme familiale tout seul comme un grand... A dire vrai je leur ai sauvé la peau plusieurs fois auparavant... Quand on a vécu ça hein ?
Dix novembre, Noël nous fait de l’œil et je ne suis même pas sûr d'aller jusqu'à lui debout. Mon cœur se serre, je sens un grand vide ; je ne puis plus rien envisager, projeter créer, accomplir. Désespoir. Il n'y a pas que la pauvreté, il y a que je ne sais pas si dans une heure je ne vais pas m'effondrer.
C'est alors que je pense à la faillite de la Terre et de son humanité, petite parcelle de conscience dans l'immensité où chacun tire la couverture à soi ; prêchant l'amour et la fraternité mais pratiquant la haine ; donneurs de leçons à tout un chacun pour des poncifs élevés au rang de vérité absolue, pharisiens, ou pire : cagots ; fachistes laïcards qui se prétendent « de gauche » et promoteurs de la « liberté » ; celle de fermer notre gueule quand ils ont décrété d'anéantir l'empreinte du passé.
Ça vous parle des « racines chrétiennes de la France » en s'imaginant que la France peut revenir à un catholicisme exclusif pour les uns ; qui falsifient l'Histoire pour la plier aux billevesées de leur cerveau malade comme les communistes dénaturaient la biologie pour accréditer leur foi quasi mystique dans le charlatan Lyssenko ; pourquoi pas aux dragonnades ? Et les autres tout aussi fachistes qui raseraient jusqu'à Notre Dame de Paris pour nous engouffrer dans un nihilisme qui sonne le glas de l'humanité. Tout ça par narcissisme hédoniste. Une des caractéristiques de cette dernière gravite autour du sexe dont le dernier siècle, sur sa fin, a fait une obsession centrale grâce au renfort de la chimie qui empoisonne mers et rivières. Tous les artifices chimiques employés dans ce contexte contribuent au cocktail de perturbateurs endocriniens que nous absorbons journellement avec tous les dégâts connexes. Vous vous voudrez « écolos » que vous continuerez à traiter de liberticide, voire de nazi, quiconque émet un avis défavorable ! Le plus aimables des qualificatifs étant « confusionniste ». J'ai bien compris que celui qui défends l'ordre naturel des choses est un malade mental. Hé bien soit ! Je suis gogol et je vous emmerde ! Quant aux « gpa-pma », j'ai vu le résultat en matière d'élevage animal : un appauvrissement génétique sans précédent ; l'équivalent chez l'homme d'une guerre comme celle de 14-18 ; et une dégénérescence des animaux. Le même résultat est à attendre chez l'humain, avec, en plus, des séquelles psychologiques. Ne pas connaître ses origines réelles déstabilise à long terme, de même que les situations de filiation trop complexe. J'ai plusieurs potes en quête de leur origine biologique, vous n'imaginez même pas ce que c'est ! Certains sont déstabilisés jusqu'à la mythomanie, quand ils ne sombrent pas dans la boutanche, la came, la dépression, ou les trois à la fois.
Je vais même beaucoup plus loin que ça : j'ai adopté un gamin, je me demande si j'ai bien fait ! Je culpabilise beaucoup en me disant que malgré toute ma bonne volonté, j'ai ajouté à sa merde au pauvre petit plutôt que l'en sortir ! Certes, je l'ai tiré de son échec scolaire, j'ai réussi à guérir ses incontinences et son agitation ; mais sorti de là... Je trouve que vu où il en est, je suis loin de ce que j'escomptais... Il vivote, comme tant de pauvres gars malmenés par l'existence. Je ne crois pas que l'adoption soit une panacée, c'est juste un moindre mal par rapport à d'autres solutions.
A l'heure où sonne le glas de mon existence ; même si je guérissais de mes maux incurables, ce n'est pas à soixante piges qu'on construit quelque chose avec moins que rien ; j'ai le sinistre sentiment que sonne aussi le glas de l'humanité, tout au moins de ce que nous appelons « civilisation » qui n'en n'est plus une depuis 1945 au moins...

Je suis en rupture totale avec votre monde en faillite, qui veut réduire toute spiritualité à des poncifs, aussi bien qu'à une honteuse et secrète pratique individuelle ; ce qu'elle n'a jamais été, les croyants se rassemblant depuis la nuit des temps, cela constituant l'ossature des valeurs morales de la vie sociale. Tout autant en rupture avec les « identitaires » qui réduisent l'histoire spirituelle aux deux mille ans de christianisme. Je pense que nos racines sont ancrées bien plus loin, dans l'histoire spirituelle de l'occident ; la quête de Lumière, la recherche du sacré, tenaillaient déjà l'homme néolithique qui jeta les bases des premières structures sociales.

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Je plonge mon âme dans cette source, et j'y trouve des bribes de réponse. J'en veux pour preuve que ma prière « donnez nous notre pain quotidien » reçoit ; alors que je suis sans ressources et ai le plus grand mal à payer mes factures malgré l'aide de copains (copines en fait) ; réponse au moins une fois par jour. Notre survie tient à ce miracle sans cesse renouvelé. Si ce n'est la Providence alors il faudrait admettre que j'ai un bol de cocu ; mais je ne suis pas cocu. J'entrevois ici le méchant de service avec son « qu'en sais-tu ? » : viens le dire à ma moitié mon chéri... Tu verras dans quel état tu en sortiras... Et au fait, si j'ai du bol, comment se fait-il que je sois si malade et dans la merde jusqu'au trognon ?
D'un autre côté ça me fait peur : ça signifie qu'il y a bien une puissance transcendante... Ce qui implique qu'au delà de la mort atteinte à grand renfort de souffrances, j'aurais à répondre de mes conneries. Vous aussi, mais vous, vous vous en foutez puisque vous n'êtes pas conscient du processus... Une puissance transcendante, certes, mais qui ne saurait s'enfermer dans vos pinailleries, poncifs, avidités, caprices, cagoteries et démissions. Un vent qui balaie la poussière que nous deviendrons et l’entraîne dans un tourbillon incompréhensible et infini, tandis que s’effondrent les empires bâtis sur l’appétit des mégalomanes qui vous tiennent lieu de modèles et montrent la voie de la faillite, et que résonnent les échos du néant dont vous avez meublé l'univers. Noël me fait de l’œil, mais il est en deuil... Et moi je me noie.

vent noye