oeil Dieu 1257 0710 C25L’œil contemplait Caïn recroquevillé dans le trou à rats où il essayait de se dérober à l'immensité à la face de laquelle il avait jeté la vie de son frère cadet, abreuvant déjà les sillons d'un sang qu'on qualifierai plus tard d'impur. Mathieu s'en arracha son dernier cheveux blanc de désespoir tandis que Jean cassait sa dernière dent sur l'amère pierre d'achoppement sur laquelle on bâtit l'assemblée des derniers naufragés du radeau de la méduse. Quel que soit le mâle, la terre était victime, gorgée du sang des innocents, souillée des détritus et des des ruines des ordures en plaqué vieil or des fous, comme les veaux qu'ils étaient, amoureux de leur reflet dans la mare glauque où croupissent les égouts des citées perdues.
La conscience émerge en quelques rares points, pas toujours avec le même support, reliés entre eux par des méridiens comme autant de points d’acupuncture sur la trame du vide infini. Réseau de particules infimes engagées dans un face à face mortel avec le gouffre de néant apparent. On les voit comme des entités séparées alors que ce sont des champs inséparables, comme les particules physiques dont on peuple la matière par nos interprétations légères.
Et Caïn continue d'errer sur la Terre, rampant dans la boue dont il s'est enveloppé, traînant avec lui sa marque maudite au front qui lui valu le peu glorieux titre de Juif errant. Il noirci des feuilles, qui sont autant d'arbres assassinés de ses errements qu'il pose comme autant de certitudes, persistance dans l'erreur aveugle, qui ne laisse que des ruines le poussant à des élans de remords à cause desquelles il tente de se racheter en des actions aussi maladroites qu’inappropriées.
J'ai écris la partie qui précède alors que je gambergeais sur un autre, déjà publié sur Canal-Décharge, où je jonglais avec le concept de Mathieu plein de sous entendus par les temps qui courent où le cyclone du même nom a ravagé quelques pays au passage, toujours les plus vulnérables bien sûr, qui subissent les conséquences de notre action délétère sur le climat de la Terre, mais dont on ne regarde qu'un détail quand toutes nos actions ont bien d'autres effets. Je n'avais pas plus tôt fini que je me suis avisé de prendre quelques infos du monde ; il n'y a guère que radio-Vatican pour me débiter un bulletin sans publicité, en différé. Mais ça ne voulait pas fonctionner alors je suis allé sur une radio chrétienne qui l'a d'habitude en pod-cast, et c'est là que sur leur vidéo timbre poste j'ai vu qu'il y avait une grande procession. J'ai jeté un œil pour en avoir le cœur net... C'était à Lourdes, un rassemblement pour la miséricorde. Ils parlaient de Caïn... ! C'est rare qu'on parle de lui dans une homélie... Ce père symbolique dont nous continuons l’œuvre consciencieusement...
On fait grand cas de la mort spectaculaire et événementielle ; ou bien d'une poignée de chatons qui arrivent à prendre plus d'importance émotionnelle que les humains ; mais on ignore la mort quotidienne qui rode et fauche dans le silence, l'indifférence, l’ignorance. Celle qu’on sème, celle qu'on induit, celle qu'on subit. On prétends à la corriger quand on ne fait qu'y contribuer. La médecine n'est que l'antichambre du cimetière. On ne peut discuter avec un médecin, on ne peut que se prosterner devant ses poncifs alambiqués où le pauvre a toujours le mauvais rôle. Une victime parmi des milliers, millions, milliards. Quand je pense à tous les potes que j'ai laissé sur les châlits des offices pourvoyeuses de bénéfices aux actionnaires des empoisonneurs, j'aurais de quoi, à moi tout seul, à remplir le cimetière de Saint Étienne la Cigogne (Deux-Sèvres)...
Et pendant ce temps, des bouchers improvisés perpétuent la mémoire de Caïn en croyant perpétuer Abraham, saignant à blanc indifféremment les moutons noirs et les moutons blancs bêlants leur égarement relativiste de consommateurs dociles et dénaturés. Babel, comme la bastille, sera détruite. Il ne restera pas pierre sur pierre.
Je erre parmi les ruines, brassant mon chagrin, les mains enfouies dans mes poches vides pour ne pas boxer les murs qui m'enserrent dans leur étau. Piège à con où je suis tombé comme par mégarde, sans l'avoir vraiment raisonné ni cherché. Avant que monde ne meure je mourrai. Et je ne pourrai dans l'intervalle qui me reste, m'offrir un havre de paix qui m'aurait consolé de toutes les vicissitudes subies ou appréhendées. Pas les moyens de mes ambitions, de mes rêves, pas même de mes cauchemars.
Si au moins j'avais l'espoir ; quand je serai clodo sur un coin de trottoir, dans pas longtemps, oublié et coupé de tous, achevant de consumer ma carcasse au feu de la souffrance et de la maladie ; qu'une aube nouvelle se projetait pour le monde... Mais ce que rêvait Eugène Pottier pour les révolutionnaires du siècle dernier ; « Du passé faisons table rase » ; les capitalistes sont en train de l'achever, bien aidés par leurs frères ennemis, les fils d'Ismaël les plus décervelés et ceux d'Isaac les plus abrutis. Y'a pas de quoi me consoler. Entre les deux, notre potence.
Et je n'ai même pas trois kopecks pour aller méditer ça dans une arrière salle, isolé des brebis égarées noyées dans leurs illusions consolatrices, et leurs haines à fleur de peau.

connaissances 0710_B

NDLR : j'en écris encore trois comme ça et on me colle à l'asile. Ca fera un prétexte de plus pour m'accabler... Parce que de nos jours ce genre de choses est retenu comme élément à charge, et cause de mépris.