soleil sur la plaine 2Vie de merde,
Merde qui pue,
pue de la gueule,
Gueule toujours...

Ah que n'ais-je tant vécu pour connaître cette infamie ?

Avoir vécu comme un loup pour mourir comme un chien !
Chien battu, chien galeux.
Recroquevillé au coin l’âtre mort,
Encombré des cendres consumées,
A l'ombre du passé dispersé au vent de l'oubli et des regrets d'un printemps qui ne viendra jamais plus ; temps gaspillé en illusion d'exister, grain de sel charrié par le torrent déchaîné, dissous par l'océan des multitudes illusionnées.

C'est fini les poteaux. Je ne maîtrise plus rien, je n'en n'est pas les moyens.
Ma santé s'est stabilisée en un nouveau pallier en apnée sous la ligne de flottaison.
Un nouveau pallier de souffrances ajouté au premier.
Jusqu'à la prochaine descente, ainsi de place en place jusqu'à la dernière.
Mes finances ne suivent pas mes idées alambiquées et ont amorcé la descente aux enfers.
C'était le prix de la liberté de se soigner autrement que par des moyens plus conventionnels qui eux, m'auraient coûtés moins cher mais dont on sait les effets délétères.
On sait ce que les chimio détruisent et vous achèvent sous d'apparentes prolongations, alors qu'il est démontré qu'elles précipitent la fin par dégâts collatéraux.
J'ai eu le mérite de tenir plusieurs années. Au prix de privation et d'être toujours sur la brèche à pleurer après un supplément de moyens que je devais mendier humblement, y compris auprès de gens qui me font chier.
Subir avanies, humiliations et insultes pour cela.
Combien ont agit par compassion réelle ?
Trois, quatre, pas plus.
Et une seule de façon régulière.
Encore ce mois ci...
Alors pour lui faire plaisir j'ai encore investi...
Mais je sais que ça ne suffira pas...

connaissances 4

La fin est proche, mais au fond, ce monde est-il intéressant pour que j'y vive ? A l'heure de la mauvaise foi la plus crasse et du mensonge globalisé ?
Adieu repères de mon enfance, ce n'est plus que chiffons sur lequel on s'essuie les pieds au nom d’illusions érigées en vérités.
Le pire est que les contempteurs se croient animés des meilleures intentions ; celles dont on pave le parvis des enfers futurs.
On peut se battre contre des moulins à vent, ça occupe, mais pas contre des montagnes de bronze qu'un voile de gaze mettrait l'éternité à user.
Vous croyez changer le plomb en or alors que c'est le contraire qui est fait. Vous vous noyez en croyant naviguer sur un océan de liberté.
Alors vivre dans ces conditions...
Ce qui me chagrine est que ça se fera dans une myriade de souffrances chaque fois, à chaque pallier, un peu plus grandes... Et vous croyez, en me souhaitant que ça dure le plus longtemps possible, me faire espérer alors que vous choyez l'absurde d'une pensée complètement coupée de l'objective réalité.
Ah que ne puis-je mourir d'un coup et oublier ?
Je ne dors pas, je pense à tout ça. J'envisage ma dernière heure, celle qui m'achèvera plutôt que me blesser. Parce qu'il est trop tard pour envisager même une once de bonheur, je n'en n'ai pas les moyens. J'ai juste ceux du chagrin. Chagrin de n'avoir pas pu, de n'avoir pas su. Il est trop tard à présent. Il me faudrait beaucoup plus de moyens pour aller plus loin. Dans quelques temps les carabins vont me torturer et m'achever en prétendant me soigner ; comme ils ont fait avec plein de gens que j'ai connus et aimés... J'ai pas peur de mourir ; ce n'est qu'un passage ; j'ai peur de ce qu'on va me faire et de la souffrance qui ne peut que s'amplifier...  J'ai peur du jour où, comme papa, crucifié sur un grabat de souffrances, peinant à rassembler mes pensées, je suplierai qu'on me laisse foutre le camp. Et pour moi ce sera pire encore parce que je suis encore plus démunis qu'il ne l'était.

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