HOMMAGELe deuil comme outil d'unité nationale ; un hommage pour tenter de donner du sens à ce qui n'en n'a pas. Le sens d'une guerre qui n'en n'est pas vraiment une amalgamée avec d'autres, périphériques, dont le rapport n'est pas si évident. Les groupes armés, et les armées, qui s’affrontent au moyen-orient, en Afrique et en Asie se battent sur le terrain d'intérêts politiques et financiers globaux fruits des limites du capitalisme de consommation massive. Les racailles qui frappent chez nous sont, nous dis-t-on, leurs agents. Possible mais très moyennement crédible. On fait de ces engeances des radicaux religieux. Tués la plupart du temps à la suite de leurs opérations, ils ne sont pas là, la plupart, pour répondre lors d'un juste procès. A peu près tous n'étaient ni barbu ; alors que je le suis ; ni même très assidus aux pratiques religieuses. Ils sont là dedans, je l'ai déjà dit, comme ces jeunes paumés des années 70 grenouillaient dans des groupuscules qui se voulaient de « lutte armée » et ne faisaient que dans le banditisme de ras des pâquerettes.
« Radical Religieux » ça veut dire intégriste dans la rigueur religieuse. Les soufis sont rigoureux dans leur pratique ; le soufisme est un engagement absolu ; mais rejeté par les diverses écoles musulmanes qui ressemblent plus aux pharisiens de nos évangiles qu'à des mystiques. La Mecque elle-même ressemble plus à une vaste destination pour tour opérator qu'à un lieu saint. Ils sont pourtant, ces soufis, les plus pacifiques des hommes.
Ce n'est pas l'engagement religieux qui fait le criminel, fusse-t-il rigoriste. C'est le criminel qui commet l'attentat au nom de n'importe quel prétexte. L'expression de son mal vivre dans une société désacralisée où il a sombré depuis longtemps dans l'absence de repère.Nous mêmes que nous reste-t-il à quoi nous raccrocher ? La plupart se contentent de la satisfaction de consommer de la technologie, des produits boostés à la pub, des loisirs, sans autre sens qu'espérer vivre le plus longtemps possible.

 france

Nos valeurs sont bien loin et nous restons hébétés devant des méthodes qui échappent complètement au conceptions de l'occidental moyen. Et c'est vrai que si elles sont iniques, elles font aussi dans le minable ; totalement minable. Égorger un pauvre bougre de prêtre au cœur sur la main, par exemple, c'est digne non pas du caniveau mais du tout à l'égout. Autant pour le massacre d'une salle de concert, des assassinats dans le dos ou jouer au chauffard conscient et volontaire. Tout ça soi disant au nom de Dieu ! Notre pape a mis en cause Satan ; est-ce si évident dans la mesure où le monde moderne tout entier y fait allégeance respectueuse ? Tout entier engagés que nous sommes dans la destruction de l'Ordre Naturel ; écologiquement, socialement, biologiquement, et même moralement.

Il n'est pas si loin le temps où nous mêmes tuions au nom de Dieu ! Tuer au nom d'intérêts financiers est-il plus légitime ? Au nom d'une idéologie projetée non par le peuple mais par des élites dont les visées ne sont pas toujours si évidentes ?
Nous nous revendiquons d'une culture civilisée où les débordements, le vandalisme, les exactions, sont quotidiens. A l'heure où j'écris, une voiture de Police a été incendiée à Poitiers ; le we dernier une vague de vandalisme à traversé Niort de part en part.
Nous voulons déradicaliser les candidats potentiels à l'attentat voulu « religieux » ; que ne déradicalisons nous pas toute cette délinquance gratuite opérant partout sur le territoire ? Avez vous oublié les émeutes de banlieues ? Ne lisez vous jamais les faits divers ?
Récemment FR2 a montré comment un ancien prêcheur radical dit « djihadiste » était devenu collaborateur de la CIA après avoir été retourné par « déprogrammation »... Ou manipulation ? Qui manipule qui ? Au temps de la guerre froide la même chose était pratiquée de part et d'autre du rideau de fer. L'homme est-il un simple ordinateur qu'on peut trifouiller à l'envie ? Sommes nous à la merci de programmations implicites ou explicites à l'envie ? Quelle est alors notre part de libre-arbitre ?
Ensuite, déradicaliser c'est bien, mais pour offrir quoi en échange ? Le rien de notre idéologie consumériste où même les racines de notre Histoire échappent au plus grand nombre ?
J'ai vu nombre de nos internautes s'indigner de la statue céphalophore de l'hommage rendu par la nation. Sauf que je n'y ai vu moi qu'une parodie ; sommes toute bien choisie ; de saint Denis, à la statuaire reconnaissable parce qu’il porte sa tête dans ses bras.Envoyé par le Pape pour évangéliser la Gaule, Denis aurait été le premier Évêque de Paris. Il fût probablement décapité au cours du IIe siècle. Il aurait pris sa tête sous son bras après s'être relevé. Une manière autre d'extraire le sens de la devise de Paris:  "Fluctuat nec mergitur" ; « il est battu par les flots mais ne sombre pas » ; qui se projette là en : « vous m'avez décapité mais je suis toujours debout ». Depuis la fin du IVe siècle, de nombreux aristocrates se font enterrer dans l'édifice qui lui est dédié, ou à l'extérieur, dans l'environnement immédiat du lieu de culte, persuadés que l'inhumation ad sanctos, auprès des saints, leur assurera le salut éternel... Vers 520, le biographe de sainte Geneviève de Paris attribue à celle-ci l'initiative de la fondation d'une nouvelle basilique à Saint-Denis. On peut aussi penser à saint Jean-Baptiste, décapité. Pouvait-on mieux choisir ? Peut-être, peut-être pas. Je m’abstiendrais de juger. Ce monument a été édifié par la volonté d'associations de victimes bien avant la cérémonie récente, dans les années 90. Le lieu consacré devait être utilisé sauf à en créer un nouveau. Mais si nous oublions jusqu'à nos fondations, sans construire par dessus, ressasser nos deuils a-t-il du sens ? Il est vrai que ça doit gêner aux entournures les bouffe-sacré, les bouffe-curés, les taupes rongeuses de racines ; parce quand on y regarde bien, cette République s'appuie elle aussi sur une décapitation fondatrice, celle de Louis XVI. A la grosse on trouve dans ce symbole les racines de notre Histoire.
Personnellement, la cérémonie m'a ému, certes, mais je voudrais aller plus loin... Je suis malheureusement trop petit pour changer le cours du fleuve...

 deuil 09