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Il n'y a pas que dans les rèves que l'espace temps joue des tours. Dans la vie quotidienne aussi comme on va voir...
« Une congénère ? me suis-je interrogé en un éclair. Engager la conversation était très tentant mais la boutique était très pleine… Craignant les foudres de la clientèle pressée, j'ai renoncé. » Plaisante Théo dans son billet de la Nouvelle Rébublique. Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, et qu'il retrouve une compatriote par ici n'est pas si invraissemblable. Il m'est arrivé bien plus fou et j'ai parfois trouvé ça bien moins agréable que lui. Ca ressemble à une fatalité d'ailleurs... D'autre fois ce fut au contraire, un enchantement...

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En vrac, allons-y pour quelques annecdotes piquantes...

Sète, il y a bien longtemps, au temps de mon nomadisme post-marine. Je longeais la plage qui à cet endroit montait en pente douce pour former une petite butte avant de redescendre de l'autre coté.

Je vois face à moi émerger une tête, puis un corps, qui progressait en sens inverse. Je me dis que je connais ce mec là... Au « sommet » on se retrouve et ce fut la sidération... On avait fait équipe ensemble quelques mois plus tôt en Belgique. Guitariste de rue et accessoirement de soirées organisées il s'était fait voler son outil de travail et bossait maintenant comme animateur de camp de jeunes pour l'été...

Nantes. En rade en gare, de nuit, seul, je me réfugie au buffet et selon ma bonne vieille habitude je m'assoie face à la porte d'entrée... Le nez rivé à un petit noir qui froidit je suis morose et ne prête guère attention aux gens. Un type entre et fonce vers ma table : « - j't'en sers un autre ? »... On avait bossé chez le même paysan deux ans plus tôt... En Bourgogne...

La Rochelle, un soir d'été, vieux port. Un groupe andin joue de la musique. Je suis assis dans le cercle des badauds, tout à la musique et au spectacle. Une jeune femme traverse en courant le groupe des musiciens en diagonale en me tendant les bras, un sourire ravi sur le visage... Tinou ! Celle là même qui me sauva la vie en 1978 dont j'ai rebattu les oreilles à mes intimes. Trois piges au moins qu'on ne s'était revus !

Fontainebleau, au cœur de la forêt... Le sentier où je randonne s'interromps brutalement sur la route et je longe celle-ci à la recherche d'un autre quand une patrouille de police s'arrête à ma hauteur. Contrôle d'identité. Le jeune flic a failli s'étaler de surprise : il est le petit fils du menuisier qui fit le cerceuil de ma grand-mère !!!

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Bretagne, côtes d'Armor... Ca faisait des années que nous n'avions pu nous expatrier prendre un peu l'air ; nous habitons déjà Niort ; alors on est allé visiter un peu sur mes brisées d'antan. On gare la bagnole à proximité d'une plage. La voiture immédiatement derrière nous, ce sont des niortais pure souche ! Ils habitent à deux rues de nous !!!

ROUTE DES CUVEAUX

Vosges, quelque part dans la montagne au nord de Gérardmer. Je suis en rando solitaire ; c'était avant mon mariage, j'habite alors Melun. Surgit un de ces orages dilluviens dont la région a le secret. J'avise un hangar à proximité d'une maison et m'y colle à l'abri vu que ma cape n'était quand même pas imperméable aux grèlons qui s'y mêlaient. Je tombe sur une colonie de vacance qui a eu la même idée que moi... Ils sont de Dammarie les Lys, banlieue melunaise où j'ai des tonnes de contacts, à commencer par des travailleurs de leur école habituelle.

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Rochechouart, un jour de juillet, en vadrouille avec un pote nous avisons une terrasse où nous décidons de vider un godet bien frais. On s'assoie face à la cité parce que se tourner en direction d'un café ça n'a rien d'enrichissant.On discute et derrière moi j'entends : « je connais cette voix » et on m'interpelle... Ce sont des cousins à moi que je n'ai pas revu depuis que j'ai pris mon envol de la famille, donc pas mal d'années... Ils habitent à quelques dizaines de bornes de là...

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Vous en voulez d'autres ? J'en ai des dizaines ! Vous comprenez pourquoi je me suis marré en lisant Théo ? Je suis abonné au tordu, mais tout de même... Voilà pourquoi j'ai tant besoin d'indépendance et de liberté : on croise l'extraordinaire dans l'ordinaire dès lors qu'on sait le voir, à chaque foulée que l'on fait, agréable ou désagréable c'est selon, et pour vivre cela il faut s'affranchir un  chouïa du troupeau. Il faut garder le sens du merveilleux et être prêt à accueillir le fantastique comme ordinaire sans casser d'être reconnaissant. Un arbre à l'ombre d'un méchant taillis ne peut qu'étouffer. Le secret de l'extraodinaire c'est d'être toujours en éveil sans jamais le chercher. Après bien sur vous êtes chanceux ou malchanceux, y'a les bonnes opportunités et les mauvaises, mais dans tous les cas ça sort de la routine qui elle, est finalement un soporifique nécessitant des excès pour la fissurer. D'où des gens qui abusent de sensations fortes (peu importe leur nature) pour sortir du quotidien, et finalement se font du mal sans s'en rendre compte. Jusqu'à ce que l'excès devienne lui aussi habitude.
Je suis au bout de la route je crois, mais au moins, j'ai traversé des choses dont les exemples ci-dessus ne sont que des amusettes comparé à ce que j'ai pu voir ou vivre... J'en suis à me dire qu'il y avait une prédisposition intérieure chez moi : la curiosité. Je crois que jusqu'au dernier moment je serai une sorte de neutrino et qu'au bout du parcours je me désintégrerais sans laisser de trace, mais quel ramassis de choses fantastiques sur tout le parcours !

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